|
Papier, toile, texture, espace, volume, mouvement, figures, fond, lumière, couleur. Tout s'anime dans l'oeuvre présentée par Neus Gorriz en cette production d'huiles et de dessins où, dans tous les cas, la préparation du support, adéquatement pensée et travaillée, n'est pas étrangère au résultat final, bien au contraire: dès le début des opérations est signalée l'orientation de l'oeuvre à parfaire: formes, lumière et couleur seront en interrelation. Le traitement du fond se révèle déjà comme une projection de la forme elle-même qui, rompant avec le concept traditionnel de la technique à l'huile, se trouve présentée dans la toile dès le départ, et l'artiste - en vision sublimée à la Turner - la force à paraître et à se définir par rapport au fond, à devenir co-protagoniste d'un authentique paysage avec fond et figure humaine plongés en nébulosité de lumières et de couleurs, suggérant ainsi une lecture émotionnante de la forme, à partir d'une étude émouvante de chacun des fragments et parties qui la délimitent. Ainsi, à partir d'annotations originelles, l'artiste propose l'analyse de segments d'instants dans lesquels une forme se trouve captée. En prise sur la nature externe de ces formes, elle les appréhende selon les postulats de son imagination, se projette et réfléchit jusqu'où peut aller sa liberté dans leur transformation. Et la liberté peut aller jusqu'où peut la porter son intuition. Dans cette recherche pour capter l'instant, le corps nu se convertit en synthèse de toute forme, parfois entière, parfois partielle, conforme ou délibérément déformée, pour arriver, à partir de la forme concrète et définitive, à la plus abstaite des formes. Cette prétendue déformation n'implique pas la renonciation à l'image initiale. C'est, au contraire, le résultat de l'oeuvre assumée dans la vaillance d'un travail innovateur par la manière de traiter supports et matériaux, techniques et couleurs, formes et fonds: Cette simple possibilité de déformer les formes, en apparence arbitraire, mais en réalité rigoureusement déterminable, est source d'infinies créations purement artistiques... (W. Kandinsky, Du Spirituel dans l'art ). De cette manière, l'oeuvre que propose Neus Gorriz trouve sa basse continue dans la captation du son intérieur de la forme, apparemment en mouvement arbitraire sur la superficie du tableau, sans limites, sans marges, comme jeu gratuit avec l'espace sur lequel il se prolonge. La conscience ne se réalise pas dans l'expérience déjà élaborée et méditée, sinon dans l'expérience qu'elle construit. Elle s'identifie à sa propre existence. La thématique de ces oeuvres prend le pari d'une réflexion sur le nu féminin et le mouvement, en ce que la vision sculpturale de la figure gagne en force dans le mensonge de la bidimensionnalité de la peinture - par définition - et se convertit, loin de toute illusion, en véritable tridimension. Les femmes de ce monde de Neus Gorriz, comme celles de Ingres ou Degas en leur temps, nous sont présentées comme des femmes d'aujourd'hui en postures quotidiennes et anonymes, vues de dos, en partie, sans tête, sans visage, ce qui n'est pas nécessaire puisqu'elles tiennent toute leur force, précisément, comme dans Le Marcheur de Rodin, dans l'expression qui n'existe pas, mais qui se sent, rationnelle, équilibrée, sereine, intelligente, à travers le mouvement du corps. Et si le visage se trouvait présenté, le problème se poserait selon l'image ou la pose plus évocatrices, moins évidentes. Les figures sont comme suspendues en un espace plein de lumière apparemment froide, réfléchie, diluée. Les corps présentent un développement volumétrique dans les mêmes coloris que ceux du fond: forme plastique et tonalité des couleurs s'identifient. Quel peut être l'idéal de l'artiste? La planéité ou le volume? La ligne droite ou la courbe? La couleur ou la lumière? évidemment, Neus Gorriz n'accepte aucun idéal formel a priori. Tout ce qui se voit se dessine ou se peint dans le but de prendre valeur de forme absolue et de le réussir, précisément, quand le même signe est à la fois ligne et couleur, volume et lumière. Ne pas prétendre interpréter les sentiments, la psychologie ou le drame du personnage, de la figure, de la femme toujours anonyme, tellement seule, mais chercher à en définir et établir lucidement la forme. Et cette forme n'est pas une idée trancendantale et immuable, mais bien une valeur immanente que cette artiste découvre dans les relations avec les choses. Comme chez Delacroix, l'oeuvre de Neus Gorriz oppose à l'expérience commune son unique et merveilleuse expérience d'artiste. Besoin d'un public à émouvoir. L'oeuvre est imagination. L'imagination est source de la passion. Et la passion est l'aptitude à vivre la vie avec une extrême intensité, motivant une technique réfléchie et méditée: en synthèse d'intellect et d'émotion. Si quelqu'un tente de deviner les formes ou leur position, il se perd dans la merveilleuse composition confuse et lumineuse des toiles. Toutes soutiennent la même importance ou n'en présentent aucune. Neus Gorriz outrepasse la construction formelle classique et topique du nu, ainsi que la subordination de toutes les composantes de la vision à un sentiment dominant. Le tableau ne nous offre aucune anecdote, sinon un fragment de la réalité. Et la connaissance de la réalité n'est pas contemplation, à moins que naisse la volonté de la capter et de se l'approprier. L'espace, donc, n'est pas une abstraction, c'est une construction de la conscience ou, plus exactement, c'est la fabrication de la conscience à travers l'expérience vive de la réalité. La profondeur est une et continue, et non une perspective devant laquelle l'artiste se situe et contemple de l'extérieur comme un spectateur dans un thé‰tre: dans l'oeuvre de Neus Gorriz il ne peut y avoir de séparation entre l'espace de la vie ou de l'artiste qui peint, et l'espace du tableau. L'étude du corps humain qui se pose ici n'est pas une entité abstraite, toujours égale; ses actes procurent des mouvements physiques et psychiques; les femmes de Neus Gorriz sont traduites en un mode singulier d'investigation des structures profondes du nu, de l'être; une recherche quasi ontologique, une espèce de philosophie. La composition de l'espace, ainsi pensée et définie par l'artiste, présente souvent un caractère d'ambivalence, d'oeuvre non terminée, mutante. Nous pouvons changer la vision du tableau, passer de la lecture verticale à l'horizontale afin d'obtenir de nouvelles sensations, sans que la structure de la composition s'écroule, puisque tout reste cohérent et encadré. Dans cet collection de corps qui montent, descendent, glissent dans un équilibre soi-disant déséquilibré, pensé, désiré, deviné, la forme se déploie dans un jeu de courbes et de contre-courbes, avec le fond travaillé dans le même sens. Tout celà aide à la lecture et à l'interprétation de la figure et contribue à ce qu'elle soit accomplie dans cet espace de suggestion. Il n'y a pas de repos total. Le mouvement, cependant, n'est jamais effréné ou angoissé. C'est comme si la forme était submergée dans un monde d'eau, de profondeur marine, de flottabilité, de non gravité, en même temps qu'elle est mesure du poids de l'air, de l'atmosphère, en une sensation qui peut impliquer l'effort de ces femmes nues pour se libérer de quelque chose qui semble pour le moins les encercler, mais qu'en aucun cas ne les inquiète ni ne les soumet. C'est le triomphe de la sérénité après une lutte intelligente. Cet espace, ainsi interprété, n'est pas un écran de projection des idées, c'est un plan qui s'échappe, glissant, sur ce que les choses ne sont pas, sinon là, passant et se succédant. La lumière ne frappe pas les surfaces de couleur procurant brillance ou vibration. Elle passe par les filaments de couleur en coups de pinceau amples et texturés, comme l'énergie électrique dans les fils d'un circuit. Et la couleur, en traits brefs et incisifs, gagne en mouvement ce qu'elle perd en intensité; la division du ton se convertit en irradiation et diffusion. La vue, de haut, qui donne sur l'espace comme sur un plan incliné, et non dans le vide, empêche de séparer l'espace et les choses, le fond et la figure. Ce que Neus Gorriz désire nous montrer n'est pas une forme dans une ambiance déterminée, mais un fragment d'espace dans lequel la forme n'est qu'un noyau en mouvement. Le travail des couleurs, dit l'artiste, se fait par élimination: Minorque et sa mer offrent une palette riche en tonalités qui vont des verts les plus subtils jusqu'aux bleus les plus évocateurs, mauves et violets. Ë la différence de la composition, préméditée, l'acte de choisir les couleurs est beaucoup plus inconscient. Il sort viscéralement de l'artiste, sans discipline et, par vocation, né de l'intérieur d'un esprit qui aime la mer et ses couleurs, qui connaît et gožte les profondeurs marines, naturellement, par son émotion, qu'une palette prétendument froide se rend capable de suggérer d'extrêmes chaleurs et sensuelle beauté. Que ce soit bien clair, dans ce contexte la lumière forme un tout avec la couleur, et c'est pour cela que la forme ne peut-être modelé à travers le clair-obscur: elle a disparu entre les corps et l'espace qui les contient. Tout est offert à la vue à travers les couleurs, c'est pour cela que forme et espace définissent un seul contexte. Dans la sensation visuelle, donc, il n'y a plus de différence entre l'espace et les choses, comme entre contenant et contenu. Les couleurs n'étant pas illuminées, mais bien les facteurs lumineux, c'est pourquoi elles sont aussi les éléments constructifs du tableau. Comme il n'y a pas de distinction entre l'espace et les choses, il n'y en a pas non plus entre lumière et ombre. L'ombre est simplement une tache de lumière qui se juxtapose aux autres, mais en moins lumineux. Il existe une relation entre toutes les taches de couleurs: chacune d'entre elles est influencée par les autres et, en même temps, elle les influence. Immergée dans cette relation lumière, forme et couleur, l'image semble se déformer, se tordre à cause du rapprochement strident des couleurs, la ligne régulière des contours et le rythme serré des coups de pinceau qui font du tableau un contexte de signes animés par une vitalité sans limites. La matière picturale acquiert une existence autonome: le tableau n'est pas en représentation, il est. Dire que tous les éléments de l'oeuvre de Neus Gorriz nous paraîssent intéressants est aussi facile que certain. Mais il y a beaucoup plus encore: ils nous motivent et captivent, nous surprennent et nous émeuvent. Comme Baudelaire disait de Delacroix, l'oeuvre de Neus Gorriz aussi possède une qualité sui generis, indéfinissable, et qui définit un style, quelque chose d'absolument nouveau qui fait d'elle une artiste différente, sans générateur, sans précédent... Un anneau si précieux qu'on ne peut échanger et que, dans le cas hypothétique qu'elle disparaisse, un monde d'idées et de sensations disparaîtrait et par le fait même ouvrirait une très grande lacune dans la chaîne historiqueè. Maria Josep Vidal i Devasa. Doctora en Historia del Arte por la Universidad de Barcelona Traduction : Madeleine B. Martin |
| Licencie des Beaux-Arts de l'universite de Barcelone. "spécialitée sculpture", elle a suivi des cours de dessin crayons, gravure et arquitecture. Ses debuts elle les consacre au cinéma d'animation estéthique et commercial. Plus tard elle va se partager entre l'enseignement des arts et son goût pour la peinture et la sculpture. Sa technique est composée des pigments purs mélangés avec de la poussière de marbre et de l'acrylique qui lui donne une texture de sable et d'eau. Les éléments techniques qui définissent les stetiques formelles de cette dernière époque est l'utilization de la peinture a l'huile et technique mixte sur toile au autre support. |
|
Bacc. en Beaux-Arts de l’université de Barcelone (spécialité sculture)
Maîtrise en architecture (système de représentation)
Et autres spécialités en dessin au charbon, crayons et aquarelle.
|
| Horta de Sant Joan | Exposition de l'académie des beaux arts de Sabadell. « Hommage à Picasso » |
| Barcelone | Exposition collective de dessins. Sant Lluch |
| Barcelone | Exposition « Arte y educacion » |